bio•Reports

Après 15 ans d’activité professionnelle, un concours de circonstances à la fois personnel et professionnel m’a fait reprendre un cursus universitaire à 40 ans. La VAE (validation des acquis de l’expérience) a conditionné mon orientation professionnelle actuelle. Dans ce blog, j’aurai l’occasion de revenir régulièrement sur le constructivisme, une des notions centrales de mes travaux de recherche.
Se retrouver en amphi. aux côtés d’étudiants de 15 à 20 ans mes cadets, n’a pas été chose facile, du moins les premiers jours. Rapidement, c’est devenu un élément moteur, formidablement puissant, impliquant notamment un changement radical dans ma façon de travailler sur internet…
J’étais en pleine mutation 2.0 et je ne savais même pas qui était Marc Prensky et sa théorie des Digital Native !

• Gutenberg native
Né en 1969, je suis le stéréotype du « digital immigrant » en débutant ma carrière dans l’industrie graphique et la communication visuelle plus précisément. Quark-XPress est alors à la PAO ce que FLASH est aux médias interactifs aujourd’hui. Mais déjà, des mutations s’opèrent dans la chaîne graphique, provoquant l’émoi des corporations de graphistes et imprimeries de labeur. Les logiciels de PAO jusqu’ici réservés aux seuls professionnels (compte tenu d’un modèle économique reposant principalement sur la suprématie d’Apple dans la chaîne graphique) sont en passe de se démocratiser pour s’ouvrir à un plus large public. C’est une des périodes charnières dans la course fratricide à laquelle se livrent Bill Gates et Steve Jobs pour gagner les parts du marché juteux qui s’annonce.
Pour les lecteurs « digital natifs » (si vous en êtes, merci de vous faire connaître, je vous intègrerai très volontiers à mon échantillon !), je vais brièvement revenir au début des années 90 et remettre mes propos dans leur contexte : les technologies de l’Internet, que l’on surnomme alors « les autoroutes de l’information », sont sans aucune mesure comparables à du web sémantique ou à ce que le HTML 5 s’apprête à nous servir. En témoigne l’excellent billet d’Olivier ERTZSCHEID « S’affranchir de la métaphore du livre » . (Séquence Nostalgie)…. Ceux qui sont nés avec une souris sans fil entre les mains pourront apprécier à juste titre le chemin parcouru depuis l’époque révolue de l’hypertexte et du mode VGA.
Pour se démarquer de la concurrence, les professionnels de la communication visuelle ont encore majoritairement recours à de belles impressions quadri. sur des papiers à la texture et au grammage savamment étudiés. C’est l’âge d’or de la papeterie d’entreprise car l’usage de cartes de visite, en-têtes de lettre et plaquettes commerciales est incontournable.
En tant que jeune professionnel des arts graphiques, il m’est arrivé de participer aux Rencontres Internationales de Lure, le rendez-vous associatif des typographes, sociologues, graphistes, philosophes…, groupe informel constitué, il y a plus de cinquante ans, à Lurs, en Provence, par Théodore Monod (alias Maximilien Vox), autour de la classification des caractères et de la qualité artistique des métiers de l’imprimé. Véritable creuset de théories naissantes autour de l’hypertextualié des nouveaux médias controversées par les fervents défenseurs de la recherche typographique et des imprimeries de labeur, c’est une période qui a marqué de son empreinte ma carrière professionnelle : on ne n’aborde pas la création graphique de la même manière avec un crayon qu’à l’aide d’une palette graphique ! Avoir été témoin de la transition entre deux mondes, à priori hermétiques et diamétralement opposés : l’un tourné vers l’innovation technique, l’autre, l’expérience des Maîtres typographes. D’un côté on parle CTP (computer to plate), industrialisation de l’impression quadri. et de l’autre Gutenberg et ses préceptes sur la presse à vis et le plomb typographique.
Technophile et technophobe à la fois, le saut quantique de ces deux décennies est vertigineux quand on y réfléchit…

• Numérique vs Analogique : l’ère de Director©
La dématérialisation du papier au profit du support numérique est aussi une notion abstraite pour les digital natifs : l’imprimante est devenue un périphérique optionnel d’autant plus que celui qui en fera un usage excessif sera taxé de ne pas être écolo !
Dans les années 90, l’épreuve imprimée est légion car l’impression (en Postcript s’il vous plaît) fait office de BAT (Bon à Tirer) que l’imprimeur garde en gage jusqu’à la livraison de travaux.
Rapidement, Director s’impose comme l’outil Auteur pour l’édition numérique sur CD-Rom. Là aussi, c’est une évolution dans les pratiques mais ce n’est pas encore ON LINE, loin s’en faut. Pourtant, on parle déjà d’interactivité dans le sens où le média n’est plus linéaire : la lecture devient interactive, c’est à dire que le lecteur peut choisir parmi les différentes navigations possibles celle qu’il souhaite donner à sa lecture. Cette notion de linéarité va progressivement bouleverser le monde éditorial à mesure qu’elle s’impose comme un nouveau standard médiatique.
Encore limitée à 650 Mo, sa capacité initiale, le CD-Rom est de bien meilleure facture, sur le plan visuel, que l’internet de l’époque avec son légendaire modem 56K, que l’on prend soin de commuter après chaque utilisation, l’accès au web étant facturé en fonction de sa consommation mensuelle à l’instar de l’ancien modèle téléphonique. Une vision cauchemardesque pour nos digital natives qui sont nés avec l’internet illimité, la notion de temps passé ON LINE n’ayant aucune valeur étalon.
Les entreprises du CAC 40 d’abord puis les PME-PMI vont s’approprier ce nouveau support révolutionnaire qui transporte dans un format de poche toute la documentation relative à une marque. Mais l’édition print n’est pas morte pour autant. La carte commerciale ou encore la plaquette institutionnelle accompagnent encore le support numérique : c’est l’alliance de l’innovation technique et de la communication corporate. Un tandem qui fonctionnera longtemps car il est inconcevable d’envoyer à ses prospects par voie postale le CD-Rom de sa société comprenant un catalogue produit des plus exhaustifs sans l’accompagner d’un courrier avec en-tête de lettre (impression quadri avec vernis sélectif sur couché mat, le nec plus ultra tendance) et d’une plaquette commerciale à laquelle est épinglée la carte de visite.
Autrefois incontournable, la carte de visite n’est-elle pas aujourd’hui devenue encombrante, hormis peut-être dans sur un plan purement protocolaire et pour les aficionados de tradition nippone. Ceux qui font un usage courant des outils du Web 2.0 préféreront la Vcard, l’iCard, à l’instar de l’iCalendar (iCal) ou autre vCalendar qui alimentent en XML, soit sans la moindre saisie manuelle, les bases de données de leur Network en mode cloud accessible ATAWAD. Ceux là n’ont que faire d’une collection de cartons au format disparate, rapidement volumineuse et que l’on n’a jamais sur soi quand c’est nécessaire.
Par la suite relayée par le DVD-Rom, puis le DVD-Audio, le DVD-Vidéo, l’édition numérique OFF Line a aussi connu son âge d’or jusqu’à la déferlante du streaming vidéo, des webTV, de la VOD, du podcasting le tout s’articulant bien sûr autour d’un communautarisme numérique qui va rapidement changer la donne. Un cas d’école est la mutation de la presse print qui pour son salut fusionne avec la rédaction web, les politiques éditoriales des rédactions étant par le passé rigoureusement distinctes… argumentait récemment Laurent Joffrin du NouvelObs. La presse traditionnelle a été contrainte d’évoluer et de s’adapter en l’occurrence aux habitus des générations montantes, car il en va de son évolution à moyen terme.

• WordPress, Twitter et le micro-blogging
Deux ans après ma mutation 2.0, je suis en passe de devenir le parfait geek. J’ai mon IPhone sur moi 12h/24 car il m’est inconcevable de ne pas checker mes mails en temps réel (la réactivité en toute circonstance est l’apanage des nouveaux internautes) et pour garder un contact permanent avec la communauté de Twitter. Je ne cherche plus à m’orienter sans mes Google Plans, je suis presque devenu Zero papier et ne prends quasiment plus de note analogique (histoire de ne rien perdre !), je pratique le networking ubiquitaire et où que je sois, je retrouve mes marques personnelles grâce à Diigo, Zotero, WordPress… Mes données les plus usuelles sont hébergées sur un serveur afin d’être accessibles ATAWAD. Je ne consulte plus que ma banque en ligne et pratique un e-commerce raisonné.
Un doute m’assaille de temps à autre : si quelqu’un parvenait à usurper mon identité numérique ? Car si le nouvel enjeu est, comme chacun le sait, le « cloud » (c’est le wording consacré dans le business), comment réellement mettre en place un cloud sécurisé qui permette d’être serein tout en mémorisant sans trop de contrainte ses login et password nécessaires à l’accès d’une multitude de portails ?

Peut-on seulement faire marche arrière et revenir à nos usages antérieurs ?
Par exemple, ne plus commander ses bouquins sur des sites marchand où la commande prendra à tout casser 5 minutes pour être livré le surlendemain dans sa boîte à lettre. Tout ça à un prix nettement plus compétitif qu’en prenant sa voiture, en étant bloqué dans les embouteillages, en payant le parking, en s’entendant dire par le vendeur du rayon SHS que l’article est épuisé, mais qu’il peut le commander, et que ça prendra au maximum 15 jours…
Je reprendrai ma voiture, paierai le parking le quart du prix du bouquin commandé, me retaperai les embouteillages et les automobilistes excédés parce qu’on est samedi et que tout le monde fait ses courses à la même heure…
Mais, je m’en fous, suis pas un intox. d’internet moi ! Et si mon bouquin je ne l’ai que dans 10 jours, ben c’est pas grave, du moment que j’ai pas d’addiction au e-commerce !

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