« Lorsqu’on est partisan de la formation à distance, on est aussi un militant » (Pierre Moeglin, Université Paris XIII) – Centre Inffo

« Lorsqu’on est partisan de la formation à distance, on est aussi un militant » (Pierre Moeglin, Université Paris XIII

« La formation à distance (FAD) a gagné ses lettres de noblesse ! » A la question « comment se porte la FAD ? » posée à l’occasion d’un séminaire de praticiens-chercheurs co-organisé le 27 mars 2012 à Poitiers par la revue Distances & Savoirs et le Cned, Patrick Guillemet, spécialiste québécois des sciences de l’éducation a répondu : « celle-ci se porte bien ! ». En effet, aux yeux de cet universitaire (qui, pour l’exemple, intervenait par webcam interposée depuis le Canada), la FAD a « gagné en crédibilité et s’est mise à niveau », « s’est institutionnalisée » et même, « est devenue à ce point omniprésente dans les pratiques de cours des étudiants qu’elle a contribué à la hausse de niveau de l’aide universitaire ». Pionnière en la matière, l’Université Laval, à Québec, s’est développée pendant dix ans autour de cette notion de formation à distance au point d’être devenue bimodale (mêlant présentiel et apprentissage à distance). Une évolution qui ne s’est cependant pas faite sans heurts puisqu’ « elle a rencontré une certaine résistance de la part des enseignants ».

Cependant, si, de l’aveu de cet universitaire, « la formation à distance a attiré de nombreux étudiants », elle n’en a pas moins modifié le rapport de ceux-ci à l’institution. « la porosité entre les sphères institutionnelles et privées est croissante » a-t-il indiqué, « désormais, la construction de connaissances passe aussi bien par les cours que les enseignants mettent en ligne que par des outils tels que Skype, Youtube ou Wikipédia. Dans cette nouvelle configuration, chacun devient un agrégateur de données ». Mais si la formation à distance offre des possibilités nouvelles, le succès rencontré par l’Université Laval ne doit toutefois pas faire oublier que d’autres initiatives, à l’image de la Télé-université lancée en 2004, se sont, elles, conclues par des échecs.

La FAD : des gains de temps… ou d’argent

« L’expérience de l’Université Laval fut une success-story » a résumé Elisabeth Fichez, enseignante émérite en sciences de l’information et de la communication à l’Université Lille 3, soulignant que la formation à distance pouvait faire preuve « d’une remarquable capacité d’ajustement » en fonction des situations. Et justement : si le Canada semble s’être approprié ce type d’enseignement, la France, elle, « avance à petits pas, de manière mesurée et parfois en bricolant » estime l’universitaire lilloise, alors que la Grande Bretagne, pour sa part, « déploie une mobilisation stratégique intelligente en la matière ». L’exemple mexicain, en revanche, connait sa part d’ombre. Si certains instituts d’éducation voient la FAD y évoluer rapidement « car elle représente un gain de temps pour les professeurs et les étudiants », d’autres y voient des opportunités bien moins pédagogiques, mais beaucoup plus mercantiles comme l’a rappelé Jacques Bahry, président du FFFOD : « le Mexique fait partie de ces pays qui cherchent à faire des économies dans leurs budgets éducatifs. De fait, certains opérateurs privés proposent désormais des programmes d’enseignement à distance… couplés à de la publicité, ce qui pose de sérieuses questions de déontologie aux professionnels du secteur. La communauté scientifique concernée par les questions de FAD est consciente de l’existence et du développement de ces pratiques, mais les moyens et les raisonnements économiques déployés par ces opérateurs sont puissants. Nul pays n’est à l’abri ! » Et, selon Elisabeth Fichez, des phénomène similaires se manifestent déjà au Brésil.

La philosophie derrière la FAD

Une situation qui pose la question de l’importance d’un service public de formation à distance comme l’a rappelé Pierre Moeglin, Professeur des universités en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris 13. « La formation à distance peut être utilisée pour discriminer, par exemple pour séparer l’enseignement des filles de celui des garçons. Aux États-Unis, on constate que certains étudiants hostiles au darwinisme utilisent les dispositifs distantiels pour se bricoler leurs propres savoirs créationnistes ». Et de conclure : « derrière la FAD, il y a une philosophie. Lorsqu’on est partisan de la formation à distance, on est aussi un militant ».

par Benjamin d’Alguerre

in Le Quotidien de la formation, 29 mars 2012

http://www.centre-inffo.fr/Lorsqu-on-est-partisan-de-la.html

Une réflexion sur “« Lorsqu’on est partisan de la formation à distance, on est aussi un militant » (Pierre Moeglin, Université Paris XIII) – Centre Inffo

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s