L’Allemagne s’attaque aux excès de Facebook – LeMonde.fr

L’Allemagne s’attaque aux excès de Facebook

 

La page d'accueil de Facebook.

La page d’accueil de Facebook.AFP/JUSTIN SULLIVAN

Berlin, Correspondant – La direction du marketing de Facebook n’est sans doute pas mécontente de ses résultats en Allemagne. Selon une enquête de l’institut spécialisé ComScore, c’est à ce site que les internautes allemands consacrent le plus de temps (16,2 % du temps passé sur Internet), devant Google (12,3%) et loin devant Microsoft (5%). En revanche, la direction juridique de l’entreprise dirigée par Mark Zuckerberg n’a sans doute pas le même point de vue. Au nom de l’atteinte aux libertés individuelles, les autorités de surveillance multiplient les recours contre le réseau social.

Dernier exemple en date : l’ultimatum lancé par Johannes Caspar, le fonctionnaire chargé de "la protection des données et de la liberté de l’information" pour le Land de Hambourg mais qui, sur ce dossier, travaille pour toute l’Allemagne. M. Caspar a donné jusqu’au 7 novembre à Facebook pour se mettre "en conformité avec le droit européen et national" sur la reconnaissance des visages. Qu’une photo puisse être exploitée pour que l’identité d’une personne ainsi reconnue soit communiquée à ses "amis" sans son consentement explicite lui semble illégal. Mais l’essentiel n’est pas là : "Que pour cette fonction, Facebook développe une banque de données afin de reconnaître les visages de millions d’utilisateurs est beaucoup plus préoccupant".

 

Avec plus de 75 milliards de photos stockées, Facebook a jusqu’à présent identifié, selon ses propres données, plus de 450 millions de personnes. On estime que plus de 1 000 noms sont ainsi identifiés chaque seconde. "Les risques que présente une telle accumulation de données sont immenses", expliquait en août Johannes Caspar. Dans un premier temps, il a demandé à Facebook non pas de renoncer à cette fonction populaire mais d’effacer ces données. Devant le refus de l’entreprise américaine, dont le siège européen est en Irlande, ce fonctionnaire envisage désormais un recours en justice.

"DU DEVOIR DE L’ETAT"

Johannes Caspar n’est pas le seul Allemand à donner du fil à retordre à Facebook. Dans l’Etat-région du Schleswig-Holstein, son homologue Thilo Weichert a choisi deux autres angles d’attaque. Le premier est l’envoi de données aux Etats-Unis sans le consentement de l’utilisateur, le second est l’utilisation de la touche "J’aime". Thilo Weichert est un récidiviste. Grâce à lui – ou par sa faute, c’est selon –, Google a renoncé à mettre en place Google Street View dans cet Etat-région situé tout au nord de l’Allemagne. Contestant que Facebook puisse savoir à l’insu de l’intéressé que celui-ci consulte un site tiers lui-même inscrit sur Facebook et équipé de la fameuse touche, même si cet utilisateur n’est pas lui-même inscrit sur Facebook, Thilo Weichert a annoncé qu’il allait infliger une amende (jusqu’à 50 000 euros) aux entreprises du Schleswig-Holstein connectées à Facebook par la touche "J’aime". Il avait même exigé que l’Etat-région renonce à sa propre page Facebook.

Ses initiatives ne font pas l’unanimité en Allemagne. Le Schleswig-Holstein n’a d’ailleurs pas renoncé à sa page Facebook mais met bien en évidence le message suivant : "Le responsable de la protection des données avertit que Facebook contrevient au droit allemand sur la protection des données". Ilse Aigner, la ministre fédérale chargée de la protection des consommateurs estime, elle, que chaque Etat-région ne peut pas avoir ses propres règles en la matière. Des internautes dénoncent également le "jusqu’au-boutisme" de Thilo Weichert, voire son "paternalisme". Dans un pays marqué par le nazisme mais aussi par la dictature communiste, beaucoup se méfient d’un Etat qui prétend protéger les citoyens contre eux-mêmes ou décider à leur place ce qui est bon pour eux et ce qui ne l’est pas.

Facebook, Google et d’autres sociétés Internet ont plaidé leur cause, mercredi 2 novembre à Berlin, au cours d’une première réunion organisée au ministère de l’intérieur. Facebook qui estime respecter le droit européen, souhaiterait s’en sortir en adoptant un code de bonne conduite. Le ministre de l’intérieur, Hans-Peter Friedrich (CSU) devrait trancher début 2012. Mais, il y a quelques jours, Peter Schaar qui préside l’administration fédérale de protection des données (l’équivalent allemand de la CNIL), s’est montré plus péremptoire. Il estime qu’il est du "devoir de l’Etat de se préoccuper du droit fondamental des citoyens à déterminer eux-mêmes l’utilisation de leurs données personnelles par les entreprises".

Pour convaincre ses concitoyens du bien-fondé de sa position, Peter Schaar utilise un argument typiquement allemand et plutôt inattendu dans la bouche d’un fonctionnaire, par ailleurs militant écologiste : grâce à la législation allemande sur la protection des données, plus exigeante que dans bien d’autres pays, les entreprises allemandes sont, dans ce domaine également, en avance sur leurs concurrentes mondiales. A ses yeux, la protection des données est donc une des clés du succès allemand à l’exportation dans un monde dominé par la cybercriminalité. Face à un tel argument, Facebook a effectivement du souci à se faire.

 

La "Une" du cahier géopolitique du "Monde", daté du dimanche 6-lundi 7 novembre.

La "Une" du cahier géopolitique du "Monde", daté du dimanche 6-lundi 7 novembre.DR

Frédéric Lemaître

 

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