Communautés : l’arbre qui cache le réseau social ? | Collaboratif-Info

Communautés : l’arbre qui cache le réseau social ?

« Quand on pense réseau social d’entreprise, on pense communautés. Or la notion de communauté existe depuis longtemps. Ce qui est neuf, c’est le profil de la personne et les capacités relationnelles induites par le réseau social. »

Cette remarque d’un membre d’une grande entreprise ayant mené un projet de réseau social rappelle que, dans l’histoire des outils censés favoriser la collaboration, l’aspect communautaire n’a effectivement rien d’une nouveauté.

Comme le raconte Fabienne Martin dans un intéressant ouvrage collectif paru en 2002, La fin du Groupware ? (éditions L’Harmattan), le concept de Groupware est ainsi apparu au début des années 90, mais sa naissance remonte à 1962, lorsque Douglas Engelbart et son équipe du Stanford Research Institute se lancent dans le développement d’un système hypermédia partagé. Leur objectif est exprimé clairement dans l’intitulé qu’ils donnent à leur laboratoire, souligne Fabienne Martin : « Un centre de recherche pour augmenter l’intelligence collective ».

Au passage, le célèbre NLS Augment Architecture qui naîtra quelques années plus tard de ces travaux disposera déjà d’une messagerie électronique, de la téléconférence en temps réel, d’un éditeur d’informations partagées (Bulletin Board) et de bases de discussions partagées asynchrones.

Mais un autre aspect intéressant de l’histoire du Groupware rapporté par Fabienne Martin est le constat que tirera le Cigref (Club informatique des grandes entreprises françaises) en septembre 1996, bien après la première apparition de Notes (1989), suite au déploiement à grande échelle du Groupware dans des activités de travail de groupe et aux premiers échecs rencontrés dans son utilisation.

« Il nous a semblé, écrit ainsi le Cigref, que dans la phase actuelle des réflexions et des expérimentations du Groupware, les entreprises recherchent avant toute chose dans ces outils une amélioration par rationalisation et automatisation des pratiques actuelles et existantes en matière de communication, de gestion et automatisation de l’information, et de coordination… Il ne nous a pas semblé que le travail de groupe ait été utilisé pour explorer de nouvelles problématiques en matière de nouvelles formes d’organisation du travail et de l’entreprise, ni de management des ressources humaines : à l’heure actuelle le Groupware ne semble pas avoir favorisé une dynamique d’innovation organisationnelle, managériale, sociale ou culturelle dans les grandes entreprises françaises. »

Pour revenir au réseau social, il n’est pas douteux que sa caractéristique fondamentale en termes d’outil est d’être centré sur l’individu et d’offrir des capacités de mise en relation. Pourtant, dans la pratique, comme le montre encore le retour d’expérience que nous publions cette semaine (ASI laisse ses employés définir leurs propres usages du réseau social interne), force est de constater l’importance que prennent de manière spontanée, pour les utilisateurs, les communautés.

Certes, comme l’explique Arnaud Rayrole, du cabinet de conseil Lecko, dans un article récent (L’erreur serait de limiter la gouvernance des RSE à celle des communautés), l’importance que certaines entreprises accordent elles-mêmes aux communautés dans leur projet de réseau social d’entreprise pèse probablement.

Mais à l’inverse, faut-il pour autant décorréler l’aspect réseau de l’aspect communautaire ? Considérer au mieux qu’ils sont simplement complémentaires ? Dans nombre de cas, l’on se rend compte que les allers-retours entre eux sont permanents : j’identifie au sein d’une communauté un collègue, j’entre en relation avec lui, je découvre les communautés auxquelles il appartient, j’adhère à l’une d’entre elles qui m’intéresse, en son sein j’identifie un collègue… et le cycle recommence.

L’intelligence collective dont rêvait Engelbart naît de ce mouvement perpétuel. Mais il suffit de relire l’analyse du Cigref pour comprendre où elle peut s’échouer. Les communautés actuelles ne naissent pas d’un concept technologique venu des années 60, elles naissent ici et maintenant dans un contexte d’entreprise déterminé. Et faute de nourrir et permettre d’explorer « de nouvelles problématiques en matière de nouvelles formes d’organisation du travail et de l’entreprise, de management des ressources humaines », comme le disait le Cigref du Groupware, faute de favoriser « une dynamique d’innovation organisationnelle, managériale, sociale ou culturelle », il est probable qu’elles mourront, tout comme le réseau social d’entreprise qui les a remises au goût du jour.

http://www.collaboratif-info.fr/edito/communautes-larbre-qui-cache-le-reseau-social

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